Régularisation des charges locatives : guide pour les bailleurs

  • 6 novembre 2025
Régularisation des charges locatives : guide pour les bailleurs

Régularisation des charges locatives : guide complet pour les bailleurs

La régularisation des charges locatives est une obligation annuelle qui incombe à tout propriétaire bailleur. Chaque année, vous devez comparer les provisions versées par votre locataire avec les dépenses réelles engagées, puis procéder à un ajustement. Trop-perçu ? Vous remboursez. Insuffisance ? Le locataire complète.

Si cette opération paraît simple sur le papier, elle est en pratique source de nombreux litiges entre bailleurs et locataires. Délais non respectés, justificatifs manquants, charges non récupérables facturées par erreur… Les pièges sont nombreux.

Ce guide vous explique tout ce que vous devez savoir sur la régularisation des charges locatives : cadre légal, charges récupérables, calcul, délais, et modèle de décompte.


Qu'est-ce que la régularisation des charges locatives ?

La régularisation des charges locatives est l'opération annuelle par laquelle le bailleur compare le montant des provisions pour charges versées chaque mois par le locataire avec le montant réel des dépenses engagées au cours de l'année écoulée.

Concrètement :

  • Si les provisions versées sont supérieures aux dépenses réelles → le bailleur rembourse le trop-perçu au locataire.
  • Si les provisions versées sont inférieures aux dépenses réelles → le locataire doit verser un complément.

Cette obligation est encadrée par l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989, texte fondamental qui régit les rapports locatifs en matière de résidence principale.

Pourquoi est-ce important ?

La régularisation permet de maintenir un équilibre financier juste entre le bailleur et le locataire. Sans elle, le locataire pourrait payer des provisions sans rapport avec la réalité des dépenses, ce qui serait préjudiciable pour l'une ou l'autre des parties.

Pour le bailleur, ne pas régulariser expose à des sanctions : le locataire peut demander un échelonnement sur 12 mois du complément dû si la régularisation n'intervient pas dans l'année suivant l'exercice concerné.


Quelles sont les charges récupérables sur le locataire ?

Toutes les charges ne peuvent pas être répercutées sur le locataire. Seules les charges récupérables, définies limitativement par le décret n°87-713 du 26 août 1987, peuvent faire l'objet d'une provision puis d'une régularisation.

Les principales catégories de charges récupérables

1. Entretien des parties communes et des équipements

  • Ascenseur : électricité, contrat d'entretien, menues réparations
  • Nettoyage des parties communes : produits d'entretien, rémunération du personnel ou prestataire
  • Espaces verts : entretien, arrosage, remplacement de végétaux
  • Éclairage des parties communes : électricité, remplacement d'ampoules

2. Eau et chauffage collectif

  • Eau froide et eau chaude : consommation, entretien des compteurs
  • Chauffage collectif : combustible, entretien de la chaudière collective, ramonage

3. Taxes et redevances

  • Taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) : récupérable en totalité, déduction faite du frais de gestion éventuels
  • Taxe de balayage
  • Redevance d'assainissement

4. Équipements divers

  • Entretien de la VMC (ventilation mécanique contrôlée)
  • Entretien des dispositifs de sécurité (digicode, interphone)
  • Entretien de l'antenne collective ou de la fibre optique pour les parties communes

Les charges NON récupérables

Le bailleur ne peut pas répercuter sur le locataire :

  • Les gros travaux (ravalement, réfection de toiture, remplacement d'ascenseur)
  • L'assurance propriétaire (PNO - propriétaire non occupant)
  • Les honoraires de gestion du syndic ou d'une agence immobilière
  • Les frais liés à la vacance locative
  • Les travaux d'amélioration (hors économies d'énergie dans certains cas)
  • Les provisions pour fonds de travaux de la copropriété

Attention : facturer des charges non récupérables au locataire constitue un indu que celui-ci peut réclamer, avec un délai de prescription de 3 ans.


Provisions sur charges ou forfait : quelle différence ?

Le bail de location doit préciser le mode de paiement des charges retenu. Deux systèmes coexistent.

Les provisions sur charges (avec régularisation)

C'est le système le plus courant pour les locations nues. Le locataire verse chaque mois une provision, c'est-à-dire une avance calculée sur la base des charges de l'année précédente ou du budget prévisionnel de la copropriété.

En fin d'exercice, le bailleur procède à la régularisation : comparaison des provisions versées avec les dépenses réelles, puis ajustement.

Avantages : plus juste, le locataire paie au plus près de la réalité.

Inconvénient : obligation de régulariser chaque année et de conserver les justificatifs.

Le forfait de charges (sans régularisation)

Le forfait est une somme fixe et définitive versée chaque mois. Il n'y a aucune régularisation. Ce système est autorisé uniquement pour les locations meublées et les colocations avec baux individuels.

Le montant du forfait doit être raisonnable et correspondre à la réalité prévisible des charges. Il ne peut pas être révisé en cours de bail (sauf clause de révision annuelle indexée).

Avantages : simplicité totale, aucune régularisation à effectuer.

Inconvénient : si les charges augmentent fortement, le bailleur ne peut pas récupérer la différence.

Conseil : si vous optez pour le forfait en meublé, prévoyez une marge raisonnable pour couvrir les éventuelles hausses de charges, sans pour autant fixer un montant disproportionné.


Comment procéder à la régularisation annuelle ?

Étape 1 : Rassembler les justificatifs

Vous devez collecter l'ensemble des factures et décomptes relatifs aux charges récupérables de l'exercice écoulé. En copropriété, le syndic vous transmet un arrêté de comptes annuel détaillant les charges par poste.

Pour un immeuble géré en direct, conservez toutes les factures : contrats d'entretien, factures d'eau, d'électricité, de nettoyage, avis de TEOM, etc.

Étape 2 : Établir le décompte de charges

Le décompte de régularisation doit comporter :

  • La période concernée (du 1er janvier au 31 décembre, ou selon l'exercice de copropriété)
  • Le détail des charges par catégorie (entretien, eau, chauffage, taxes, etc.)
  • Le total des dépenses réelles pour la quote-part du logement
  • Le total des provisions versées par le locataire
  • Le solde : complément à verser ou trop-perçu à rembourser

Étape 3 : Envoyer le décompte au locataire

Le décompte doit être envoyé au moins un mois avant la date de la régularisation. Il est recommandé de l'adresser par courrier recommandé avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge.

Étape 4 : Mettre les pièces à disposition

Le locataire a le droit de consulter les pièces justificatives pendant 6 mois à compter de l'envoi du décompte. Vous devez les tenir à sa disposition, soit à votre domicile, soit par envoi de copies (éventuellement par voie dématérialisée si le locataire l'accepte).

Étape 5 : Procéder à l'ajustement

Selon le résultat de la régularisation :

  • Trop-perçu : vous remboursez le locataire ou déduisez le montant du prochain loyer.
  • Complément : le locataire vous verse la différence. Si la régularisation est intervenue en retard (plus d'un an après l'exercice), le locataire peut exiger un échelonnement sur 12 mois.

Les délais à respecter

ObligationDélai
Régularisation annuelle1 fois par an, idéalement dans les mois suivant la clôture de l'exercice
Envoi du décompteAu moins 1 mois avant la régularisation
Mise à disposition des justificatifs6 mois après l'envoi du décompte
Prescription des charges impayées3 ans (article 7-1 de la loi de 1989)
Échelonnement si régularisation tardive12 mois si la régularisation intervient plus d'un an après l'exercice

Le lien avec le dépôt de garantie

Lors du départ du locataire, la question des charges est étroitement liée à la restitution du dépôt de garantie.

En effet, le bailleur peut retenir jusqu'à 20 % du dépôt de garantie dans l'attente de la régularisation annuelle des charges, à condition que le logement se situe dans un immeuble en copropriété. Cette retenue permet d'attendre l'arrêté des comptes du syndic pour procéder à la régularisation définitive.

Le solde doit être restitué dans le mois suivant l'approbation des comptes de la copropriété.

Bon à savoir : cette retenue de 20 % ne s'applique pas pour les logements individuels (maisons) car il n'y a pas de syndic. Dans ce cas, le bailleur doit estimer les charges au mieux et restituer le dépôt dans les délais légaux.


Les erreurs fréquentes à éviter

1. Facturer des charges non récupérables

C'est l'erreur la plus courante. Vérifiez systématiquement que chaque poste de charge figure bien dans la liste du décret du 26 août 1987. En cas de doute, excluez le poste.

2. Oublier de régulariser

Ne pas régulariser ne fait pas disparaître votre obligation. Le locataire peut vous réclamer le remboursement des trop-perçus pendant 3 ans. Et si vous réclamez un complément tardivement, le locataire bénéficiera d'un échelonnement.

3. Ne pas conserver les justificatifs

Sans justificatifs, votre décompte est contestable. Conservez toutes les factures et relevés pendant au moins 5 ans (3 ans de prescription + marge de sécurité).

4. Confondre provisions et forfait

Si votre bail mentionne un forfait, vous ne pouvez pas procéder à une régularisation. Inversement, si vous avez prévu des provisions, vous êtes tenu de régulariser chaque année.

5. Surestimer les provisions

Des provisions excessives par rapport aux charges réelles peuvent être contestées par le locataire. Basez-vous sur les charges de l'année précédente ou sur le budget prévisionnel du syndic.


Tableau récapitulatif de la régularisation des charges

ÉlémentDétail
Base légaleArticle 23, loi du 6 juillet 1989
Charges récupérablesDécret n°87-713 du 26 août 1987
FréquenceAnnuelle obligatoire
Système provisionsAvances mensuelles + régularisation (location nue et meublée)
Système forfaitMontant fixe sans régularisation (meublé uniquement)
Contenu du décompteDétail par catégorie, total provisions, solde
Consultation justificatifs6 mois après envoi du décompte
Prescription3 ans
Régularisation tardiveÉchelonnement sur 12 mois possible pour le locataire
Dépôt de garantieRetenue de 20 % possible en copropriété

FAQ : régularisation des charges locatives

Quand doit-on régulariser les charges locatives ?

La régularisation doit intervenir une fois par an, après la clôture de l'exercice de charges. En copropriété, elle a lieu après l'approbation des comptes par l'assemblée générale. Il est recommandé de procéder dans les quelques mois suivant la clôture pour éviter les pénalités liées au retard.

Que se passe-t-il si le bailleur ne régularise pas ?

Si le bailleur ne régularise pas dans l'année suivant l'exercice, le locataire peut exiger un échelonnement sur 12 mois du complément éventuellement dû. Par ailleurs, le locataire conserve le droit de réclamer le remboursement d'un trop-perçu pendant 3 ans.

Le locataire peut-il contester la régularisation ?

Oui. Le locataire peut demander à consulter les pièces justificatives pendant 6 mois après l'envoi du décompte. S'il constate des erreurs (charges non récupérables, erreur de calcul, quote-part erronée), il peut contester et demander un nouveau décompte.

Peut-on régulariser les charges après le départ du locataire ?

Oui, la régularisation peut intervenir après le départ du locataire, dans la limite du délai de prescription de 3 ans. C'est d'ailleurs pour cette raison que le bailleur peut retenir 20 % du dépôt de garantie en copropriété.

Quelle est la différence entre provisions et forfait ?

Les provisions sont des avances mensuelles régularisées chaque année en fonction des dépenses réelles. Le forfait est un montant fixe, définitif, qui ne donne lieu à aucune régularisation. Le forfait n'est possible qu'en location meublée ou en colocation à baux individuels.

La TEOM est-elle récupérable sur le locataire ?

Oui, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) est intégralement récupérable sur le locataire. Elle figure dans la liste des charges récupérables du décret de 1987. Attention cependant : les frais de gestion figurant sur l'avis d'imposition ne sont pas récupérables.

Comment calculer la quote-part du locataire en copropriété ?

La quote-part se calcule en fonction des tantièmes affectés au lot. Le syndic fournit un relevé détaillé des charges par lot. Il suffit de reporter la quote-part du logement concerné et de la comparer aux provisions versées par le locataire.


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